Comment la demande de l’ISU pour un format à neuf athlètes est-elle arrivée ?
Anu Oksanen (FIN) : « J’ai reçu un appel téléphonique de Susanna Rahkamo, membre du groupe de travail, qui m’a présenté le concept et m’a dit que l’ISU souhaitait que je sois l’entraîneure de l’équipe de démonstration finlandaise. »
Quand avez-vous commencé à travailler sur ce programme, et à quel rythme ?
« Nous avons commencé à travailler avec l’équipe au début du mois de janvier. Il y a eu quelques fois où nous n’avons pas eu d’entraînements pendant deux semaines en raison d’engagements antérieurs des patineuses, ou bien il était parfois difficile de trouver des créneaux de glace disponibles. Avant de partir pour Prague, nous nous étions entraînées environ 40 heures. »
Selon vous, quels sont les principaux défis ou limites de Synchro9 ?
« Les défis sont clairement d’ordre financier. Avec des équipes plus petites, les coûts sont bien sûr beaucoup plus élevés. Trouverons-nous des athlètes pour cela sans perdre les équipes et pays ?
Trouver du temps de glace pourrait aussi être difficile si des pays créent des équipes entièrement nouvelles.
Bien que nous créions quelque chose de nouveau et que la synchro puisse aussi se faire avec neuf, il existe bien sûr des limites quant aux types d’éléments et de formations que les équipes peuvent réaliser. »
Quelles règles ou directives de l’ISU avez-vous reçues pour ce programme de démonstration ? Y avait-il des éléments obligatoires, une durée imposée ou d’autres consignes spécifiques ?
« J’ai/nous avons bien reçu des directives, une ébauche du règlement, mais nous n’avions pas à les suivre à la lettre. De plus, le fait de donner des retours au groupe de travail tout au long du processus les a aidés à élaborer les règles. Certaines choses qu’ils voulaient, de manière générale, que Synchro9 ait comme apparence ont servi de fil conducteur pour l’ensemble. Nous devions passer par le groupe de travail et obtenir leur validation du thème, de la musique, etc. Le programme devait durer entre 3 min et 3 min 30. Tout en ayant une sorte de “règles”, ils voulaient nous laisser la liberté d’être créatifs. »
En quoi le fait de travailler avec neuf athlètes change-t-il la dynamique habituelle de l’équipe ?
« Comme l’équipe était plus petite, elle était aussi plus soudée, et en tant qu’entraîneur j’ai aussi appris à mieux connaître chaque personne.
Et aussi, les contacts et les interactions entre elles étaient plus faciles grâce à la taille réduite de l’équipe. Donc l’équipe était très soudée. »
Quelles opportunités pensez-vous que ce format pourrait apporter au développement du patinage synchronisé ?
« Nous espérons vraiment que c'est la voie vers les Jeux olympiques.
Nous espérons que cela attirera un nouveau public pour regarder notre sport. Et avec une équipe plus réduite, notre sport tiendra mieux sur un écran de télévision, si c'est bien filmé…
Les pays qui peinent à réunir suffisamment de patineurs pourront peut-être, de cette manière, constituer des équipes et continuer à concourir aussi au niveau international. »
Préserver l'identité du patinage synchronisé
Qu'avez-vous dû adapter ou laisser de côté à cause de ce format ?
« Bien sûr, les éléments/formations qui nécessitent davantage de patineurs ont dû être écartés. De plus, des formations plus resserrées donnaient l'impression que l'équipe était petite ; nous avons donc dû tester la manière dont elles remplissent et couvrent la glace, et faire en sorte qu'on ait toujours l'impression qu'il y a une équipe qui fait du synchro sur la glace. Donc, tester le placement des patineurs et différents éléments avant de construire le programme. Pas de whip, par exemple… »
Ce nouveau format a suscité beaucoup de critiques. Quel est votre point de vue après l'avoir vécu de l'intérieur ?
« J'étais de ceux qui disaient toujours qu'on ne devrait pas brader notre sport juste pour aller aux Jeux olympiques. Mais maintenant que je sais que le rêve se rapproche avec ce nouveau format, et que, pour la première fois, j'ai le sentiment que nous avons le soutien de l'ISU, nous devrions tous soutenir cela. Ma principale préoccupation, et aussi ce que j'ai gardé à l'esprit en chorégraphiant le programme, c'était que les patineurs sont des patineurs de synchro, qu'ils ressemblent à des patineurs de synchro et qu'ils fassent des choses que les patineurs de synchro savent faire. Pas d'éléments individuels/de patinage en simple, même si ceux-ci peuvent et vont faire partie des programmes. Pas obligatoire, mais possible.
Je suis sûr equ'il y a eu des critiques, comme toujours dans le patinage, et les gens du synchro sont un public exigeant… Mais nous avons reçu beaucoup de retours positifs, surtout de la part des meilleurs entraîneurs de synchro. Ils ont été très surpris de voir ce qui était possible, et ceux qui étaient sceptiques à ce sujet ont dit avoir été agréablement surpris et heureux de voir ce que nous avions fait. »
Quel conseil donneriez-vous aux entraîneurs ou aux équipes qui voudraient essayer ce format à l'avenir ?
« Ayez le courage d'essayer quelque chose de nouveau et faites-le à votre manière. Nous avons vu trois programmes très différents à Salzbourg : c'est la preuve de la variété de choses qui peuvent être faites, et à partir de là , développer davantage cette catégorie. Mais, s'il vous plaît, gardez cela comme du synchro, ne le transformez pas en patinage de groupe. L'épreuve par équipes existe déjà , et nous ne voulons pas que ces patineurs remplacent nos patineurs de synchro. Nous ne voulons pas qu'ils volent le rêve de nos patineurs. »
Quelle est la suite pour votre équipe Synchro9 ? Allez-vous continuer à vous entraîner dans les semaines ou les mois à venir ? Et pourrait-on revoir l'équipe la saison prochaine ?
« C'était un projet pour nous tous. Nous serons toujours la Finland Synchro9 originale et nous en sommes fiers. Ce fut une expérience incroyable et un parcours mémorable, et nous en gardons de merveilleux souvenirs. Je ne sais pas si certaines passeront des auditions pour l'équipe nationale finlandaise. C'est ainsi que la Finlande procède désormais : constituer les équipes nationales, à la fois senior et junior.
Pour ces athlètes, c'était un retour au patinage au plus haut niveau, mais la plupart, je pense, vont reprendre leur vie normale : être étudiant à plein temps ou retourner travailler. Pour ma part, je n'ai été impliquée que pendant ces quelques mois. Avec les nouvelles responsabilités que j'ai, je n'ai pas postulé aux postes d'entraîneur des équipes nationales. »