Peter Gerome, patineur français, évoluant au Canada

Peter vient d’avoir vingt-six ans. Originaire d'une ville proche de Paris (France), il a déménagé au Canada il y a deux ans et demi. Tout en étudiant la biologie et la géologie à la Sorbonne Université Paris, puis l'écologie et les Sciences de l’environnement à Montréal, il patine et évolue dans un milieu sportif dans lequel les hommes sont peu représentés. Il entame sa troisième saison avec Les Suprêmes.

Peter Gerome, 26 ans, est un athlète français patinant avec Les Suprêmes au Canada.
Comment as-tu découvert le patinage synchronisé?

Tout d'abord, j’ai commencé par faire du patinage artistique à mes neuf ans jusqu’à mes dix-huit ans. À la suite d’une blessure au dos, qui m’a empêché de faire mes sauts, mon entraineur de l’époque m’a parlé du patinage synchronisé. Un sport que je ne connaissais pas du tout.

Elle m’a parlé d'une équipe Senior (Ex’L Ice) qui faisait des auditions pour la saison 2012-2013. Mon entraineur m’a conseillé d’y aller pour voir si cela pouvait m’intéresser.

Je me suis donc rendu aux auditions et j’ai été retenu pour faire la saison. C’était vraiment un nouveau challenge pour moi. Je n’y connaissais rien du tout. J’ai dû apprendre à patiner en équipe, chose que je n’avais jamais faite auparavant vu que j’avais toujours patiné seul.

En 2014, j’ai repris le patinage artistique et les compétitions. C’était comme une belle revanche sur ma blessure!

Puis en 2018, j'ai dĂ©cidĂ© d'aller plus loin dans mes projets et j’ai intĂ©grĂ© Les SuprĂŞmes Seniors pendant deux ans. 


Quel est ton élément synchro préféré et pourquoi?

Il y a plusieurs choses que je préfère:

- Les lifts (acrobatiques ou l'élément unique de la catégorie sénior)

- Les entrecroisements/intersections: ils sont impressionnants Ă  voir et Ă  faire.  En tant que patineur, avec l’adrĂ©naline c’est une sensation très particulière Ă  vivre. 

J'aime beaucoup ça!


Peux-tu décrire le costume dont tu a été le plus fier de porter?

La tenue que j'ai prĂ©fĂ©rĂ©e est celle du programme long de l’annĂ©e passĂ©e sur «Unsustainable». C’est ma prĂ©fĂ©rĂ©e pour plusieurs raisons:

- Pour commencer c’était le meilleur programme que j’ai pu faire en tant que patineur.

- À mes yeux, j’avais la meilleure équipe aussi.

- Le message de ce programme était fort et beau. Cela m’a beaucoup touché d’autant plus qu’il correspondait en partie à mes études.

- C’était vraiment une saison riche et intense en émotions que je m’en rappellerai toute ma vie. C’était pour moi la saison parfaite en tous points de vue!


Je rajouterai également la tenue complète de Skate Canada que j’étais très fier de porter pour représenter ce pays qui m’a si bien accueilli.

Peter en train de performer dans sa tenue préférée (Credits: Stephane Heude)
rnQu’est-ce que le sport t’a enseigné?

Le patinage synchronisĂ© m'a enseignĂ© plusieurs choses. Au niveau technique, cela m'a permis d'avoir une meilleure qualitĂ© de glisse, de la rigueur, de la prĂ©cision (par exemple avec les positions des jambes libres, les Ă©paules, et les hanches).

Au niveau personnel et mes interactions avec les autres, j'ai appris Ă  travailler en Ă©quipe, Ă  savoir faire preuve d'adaptation envers mes coĂ©quipiers et entraineurs, et face Ă  des situations complètement diffĂ©rentes qu’elles soient positives ou nĂ©gatives.


Peter avec Les SuprĂŞmes Senior. (Credits: Ice Galaxy - 2019)
rnQuand et pourquoi as-tu décidé d'aller au Canada?

Je ressentais le besoin d’évoluer dans cette discipline, qui Ă©tait encore nouvelle pour moi. J'avais le sentiment qu'en restant en France je n’aurais pas l'opportunitĂ© de le faire comme je me l'imaginais. De plus, cela faisait un moment que l’idĂ©e de partir Ă  l’étranger me trottait dans la tĂŞte.

C'est donc 2018 que j’ai décidé de m’inscrire à des auditions internationales pour intégrer Les Suprêmes de Montréal.

Tout s'est déroulé très rapidement! En janvier, je décidais que je voulais passer les auditions. En mars, j'ai participé à ces dernières. Le 7 mai, je quittais la France pour le Canada. Cela a été l’une des plus grandes décisions que j’ai prises dans ma vie car je suis parti pour suivre mon rêve: intégrer une des plus grandes équipes au monde de patinage synchronisé.

Aujourd'hui, je peux vous dire que je suis fier de faire partie de la belle famille des SuprĂŞmes.


Qu’est ce qui a été le plus difficile pour toi?

Dans la réalisation de ce rêve, ce qui a été le plus dur a été de quitter ma famille dont je suis proche, mes amis et changer mes habitudes, m'adapter à ma nouvelle vie.

rnQu’as-tu appris avec Les Suprêmes Sénior?

Cette équipe et les deux saisons passées m'ont appris à repousser mes limites en tant qu’athlète sur glace et en dehors de la glace. J'ai compris que je pouvais avoir une bonne condition physique, de la créativité, une façon différente de patiner et de bouger. J'ai également progressé en terme de vitesse sur la glace, j'ai acquis plus de force. Et j'ai pu développer le travail du détail, tout en évoluant dans la bonne humeur et en mettant beaucoup d'efforts collectifs.

rnQuel est ton meilleur souvenir avec Les Suprêmes Sénior?

Si je dois vraiment en choisir un seul ce serait la French Cup 2020 oĂą nous avons gagnĂ© la mĂ©daille de bronze. En fait, pour moi elle vaut de l’or ! C’est la première fois que je recevais une mĂ©daille Ă  cette compĂ©tition. On sait tous qu’elle n’est pas facile car il y a beaucoup de grandes nations chaque annĂ©e qui y participent. Cette compĂ©tition est considĂ©rĂ©e comme Ă©tant des « Mini Mondiaux Â». La compĂ©tition est rude. L'autre raison qui fait que c'est mon meilleur souvenir est que c’était chez moi en France. Cela donne encore plus de valeur Ă  mes yeux.

Sinon, j’ajouterai les Canadiens 2020 à Calgary. Je suis fier d’être champion canadien et d’avoir été sélectionné pour les Mondiaux à Lake Placid.


Peter et ses filles Ă  Calgary
Comment fais-tu pour concilier ta vie de famille/amis avec le patin et la distance?

Comme pour beaucoup d'athlètes qui Ă©voluent au niveau international, nous n'avons pas Ă©normĂ©ment de temps Ă  consacrer Ă  notre vie privĂ©e et sociale.

Heureusement que les rĂ©seaux sociaux existent. De cette façon, je communique beaucoup avec ma famille et mes amis français via WhatsApp par exemple. Ce n'est pas facile Ă  cause du dĂ©calage horaire mais avec de l'organisation, on rĂ©ussit Ă  trouver des moments pour s’appeler.

Pour ce qui est de ma vie sociale Ă  MontrĂ©al, j’essaie de faire les choses avec un maximum d'avance pour pouvoir avoir du temps de libre; pour moi personnellement mais aussi pour voir mes coĂ©quipières en dehors du patin et les amis que je me suis fait ici. 


rnQuel conseil as-tu Ă  partager pour faciliter une immigration dans un pays?

Je pense qu'il est important d'avoir une ouverture d’esprit, d'ĂŞtre curieux pour comprendre une nouvelle culture, de rencontrer de nouvelles personnes. Il ne faut pas hĂ©siter Ă  sortir de chez soi et dĂ©couvrir ce qu'il y a en dehors. Finalement, je recommande de ne pas avoir peur de poser des questions et de prendre son temps pour dĂ©couvrir et assimiler son nouvel environnement. Chaque personne Ă©volue Ă  son rythme.

Peter tenant le drapeau canadien
rnQuel conseil as-tu pour les futurs patineurs pour faciliter l’intégration dans une équipe?

Ce n'est pas une question à laquelle il est simple de répondre. Tout dépend de la personnalité et du fonctionnement de la personne qui arrive dans une équipe et de celles qui composent l’équipe existante.

En ce qui me concerne, j’aime observer, voir comment tout le monde fonctionne, comprendre la dynamique dans le groupe. J'ai vraiment pris le temps d’assimiler toutes les nouvelles informations que je recevais/voyais. Je suis le type de personne qui aime aussi suivre le mouvement, je ne cherche pas à forcer les choses.

On souhaite tous que l’intégration d'un patineur étranger se fasse naturellement sans qu’il y ait de gêne, de la part de qui que ce soit.

Mon conseil est le suivant: ne pas hĂ©siter Ă  aller vers les autres, aller faire des activitĂ©s en dehors des entrainements pour apprendre Ă  mieux se connaitre et se « laisser aller Â».

rnQuel conseil as-tu pour l’organisation qui accueille un patineur international. Comment faciliter son intégration?

Pour cette question, je vais répondre en me basant sur mon expérience avec les Suprêmes. Dans un premier temps, il est important de s’assurer que le patineur qui arrive dispose de tous ses papiers (visa, passeport, etc.) en règle.

Aussi, il faudra se renseigner si le patineur en question est autorisé à patiner à l’international, lors des compétitions, et par conséquent représenter un autre pays que le sien (celui d'origine). Il arrive que ce ne soit pas tout le temps permis. Et dans ce cas, les discussions se font au niveau des fédérations des pays concernés

Il faut Ă©galement que le patineur ait une possibilitĂ© de loger, selon le budget dont il dispose. Ceci peut varier d'une personne Ă  l'autre. 

Ces points sont des facteurs de stress pour le patineur, mais Ă©galement le reste de l'organisation. Cela peut avoir un impact direct sur l'Ă©quipe.

rnPeux-tu nous partager ton expérience en tant que patineur masculin au sein d’une équipe de femmes, en France et au Canada?

Pour ma part, tout s'est toujours bien dĂ©roulĂ©. Je n’ai jamais Ă©tĂ© vraiment seul, mis Ă  part la saison dernière avec Les SuprĂŞmes SĂ©nior. En France nous Ă©tions deux hommes puis quatre. Quand je suis arrivĂ© au Canada, nous Ă©tions deux. La dernière saison, j'Ă©tais le seul homme Ă  patiner mais cela n'a pas empĂŞchĂ© qu'avec les filles, nous partagions une belle alchimie entre nous. On se connaissait bien et on prenait soin les uns des autres. Avec l'Ă©quipe au complet, nous aimions passer du temps tous ensemble: manger, se balader et faire des activitĂ©s… Aussi, je les considĂ©rais vraiment comme « mes filles Â». 

Peter avec son équipe Ex'L Ice Credits: Luca Renoldi
rnY a-t-il des points positifs ou Ă  l'inverse des points nĂ©gatifs plus difficiles Ă  gĂ©rer?

Le point positif, qui a mes yeux est très important, est que je pouvais dormir plus longtemps. En effet, pour un homme, il y a beaucoup moins de préparation avant les compétitions. Pas besoin du maquillage ni de la coiffure qui prennent plusieurs heures de préparation.

J’avais constamment des marques d’affection de la part de mes co-équipières. Je ne sais pas si les garçons dans les autres équipes reçoivent la même attention. Mais c'est quelque chose pour moi, qui a fait que mon expérience est très positive

Pour ce qui est des moins bons cĂ´tĂ©s Ă  ĂŞtre le seul homme dans un groupe de femmes, je dirai que ce sont les moments « trop filles Â». J'ai besoin d’être tout seul par moments car les hommes et les femmes nous n'avons pas les mĂŞmes façons de rĂ©agir face aux situations que nous vivons ensemble. 

Globalement, il n'y a rien que je changerai dans l'expérience que j'ai vécue.

rnQue souhaites-tu dire aux jeunes garçons qui commencent le patinage synchronisé?

Je leur dirais de rester eux-mêmes, garder leur personnalité. Il ne faut pas se laisser intimider parce qu’ils sont en minorité. Au contraire, nous sommes très bien acceptés puis les filles adorent avoir des garçons dans les équipes.

rnQuels sont tes projets pour cette saison 2020-21?

Pour la saison 2020-2021 si particulière (pandĂ©mie mondiale), j’ai intĂ©grĂ© l’équipe Les SuprĂŞmes Open. Étant donnĂ© la situation dans laquelle nous nous trouvons actuellement, de la continuitĂ© de mes Ă©tudes et aussi de mes envies, je trouve que c’est un très bon compromis pour cette saison. De plus, on m’a proposĂ© d’être intervenant avec les Ă©quipes de dĂ©veloppement de la famille des SuprĂŞmes (prĂ©-juvĂ©nile et juvĂ©nile). C'est avec grand plaisir que j’ai tout de suite dit « oui Â».

Peter et ses parents, ses premiers fans
rnPlanifies-tu de retourner en France pour partager ton expérience?

En effet, j’aimerais retourner en France. Tout d'abord pour passer du temps avec ma famille et mes amis. Cela va faire près d’un an et demi que je ne suis pas rentrĂ© et cela me manque de les voir. Je dois avouer que ça commence Ă  faire un peu long. Avec les compĂ©titions et les entrainements au niveau SĂ©nior, j’ai seulement eu l'occasion de rentrer en France une semaine. C'Ă©tait pour la participer Ă  la French Cup. Donc c'est bien diffĂ©rent que de passer du temps, en vacances, en famille et entre amis. 

J’en profiterai également, si l’occasion se présente, pour partager mon expérience que ce soit en France ou ailleurs dans le monde.

Mais pour le moment, j’ai bien l’intention de rester au Canada le plus longtemps possible. J’aime vraiment être ici et je n’ai pas encore fini de découvrir ce si beau pays. Je voudrais compléter mes études, découvrir les autres provinces du Canada et peut-être même envisager un tout premier projet professionnel.


Découvrez également Peter Gerome ce dimanche sur le compte Instagram de OneTeamMVMT avec son «Take Over»!
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