Éditorial

Témoignage d'une patineuse synchro: "Nous en sortirons plus forts"


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Les Suprêmes Senior. (Credits: Danielle Earl Photography - 2020)

Comme de nombreuses équipes québécoises, les Suprêmes ne s'entraînent plus depuis le début du mois d'octobre. Les mesures instaurées par le Gouvernement autorisent tout de même la pratique libre, mais le manque de synchro touche fortement le moral des athètes. Agathe Merlier, patineuse sénior et également correspondante pour Jura Synchro, partage son ressenti dans cet édito.

Contrairement au premier, j'ai eu le temps de voir arriver le deuxième confinement. Les cas de Covid-19 commençaient à remonter et ce n'était qu'une question de temps avant que l'on ne puisse plus patiner. C'est arrivé le mercredi 7 octobre 2020. Ce fut la dernière pratique des Suprêmes Sénior, mon équipe, et certainement notre dernier entraînement sur glace de 2020. 

À l'annonce du deuxième confinement, j'ai ressenti différentes émotions, évoluant au fil du temps. Bien que j'avais toujours le goût et l'envie de patiner, ce deuxième arrêt m'a aussi donné comme un sentiment de liberté car ne pas pouvoir exercer son sport comme je l'ai toujours connu, c'est-à-dire en devant constamment garder mes distances avec mes coéquipières, devoir s'attacher avec des bâtons, commençait à peser sur mon moral et cette pause non-désirée était la bienvenue.

Assez rapidement, nous avons repris nos entraînements en Zoom. Nous sommes chanceux d'avoir ce système pour continuer de nous entraîner ensemble mais cela n'est pas la même chose: il manque les moments de partage que nous avions, car au final, je suis seule dans mon salon, devant mon ordinateur.

Les doutes s'installent: nous avons mis trois mois avant de retourner sur la glace après le premier confinement, combien de temps cela prendrait-il cette fois? 

Ce qui devait durer trois semaines, a déjà été prolongé d'un mois, et le sera sûrement encore une fois, probablement jusqu'à la nouvelle année. C'est difficile de ne pas pouvoir faire ce que l'on aime le plus au monde, mais je reste reconnaissante de n'avoir eu aucun cas de Covid-19 dans mon équipe.



Malgré tout, ce confinement-ci est différent. J'ai la chance de toujours travailler et nous pouvons sortir de chez nous sans aucune restriction. Avec l'hiver qui arrive, nous aurons bientôt l'opportunité de patiner en extérieur. De plus, certaines patinoires intérieures sont restées ouvertes, nous avons donc l'occasion de patiner en séance publique. Quand nous sommes vraiment chanceux, nous avons la glace pour nous tout seuls et nous pouvons faire ce que nous voulons.

Le fait de patiner individuellement m'aide à me retrouver. Je continue de travailler ma glisse et ma qualité de patinage, je révise également nos programmes. Je me dois d'être prête si jamais nous avons une saison.

Cependant, je prends le temps d'exister en dehors de mon équipe, je revois ma façon d'aborder mon sport. Je ne cherche plus à être une copie conforme de mes coéquipières. Je retrouve la patineuse artistique que j'étais, j'en profite pour re-travailler des choses abandonnées, ou que je n'ai plus tenté depuis que je suis arrivée au Canada, il y a 7 ans et demi.

Je prends le temps de découvrir qui je suis en tant que personne mais aussi en tant que patineuse, de libérer mes émotions, d'exister par moi-même. De réfléchir à ce que je veux accomplir.

"J'attends, j'oublie... Mon sport, mes sensations, mes émotions"
Alors même si j'ai l'occasion de patiner, je ressens un vide. Je n'ai pas la chance de patiner autant qu'avant, il me manque ce sentiment de mettre ma vie en pause le temps d'un instant, le temps d'un entraînement. De partager ce moment-là avec mon équipe, de rire aux éclats et savoir que c'est ça le bonheur. Aussi simplement.

Pour compenser, nous essayons avec mes coéquipiers de nous organiser des sessions pour pouvoir patiner ensemble. Cela redonne du baume au coeur.


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Patin libre avec mes coéquipiers - Novembre 2020

Je vis au jour le jour, il est difficile de se projeter. Le temps passe et je m'habitue, j'attends, j'oublie... Mon sport, mes sensations, mes émotions. Je me sens de plus en plus déconnectée du patinage. Serais-je un jour en mesure de reprendre? Les incertitudes sont présentes.

Je regarde aussi les compétitions de patinage d'un nouvel oeil. Je ne suis plus en train d'analyser ce que fait la concurrence, au contraire, je suis plutôt en train de les envier et de me dire : "Moi aussi, je faisais ça avant."

C'est comme une impression de vivre le "après", comme si j'avais décidé d'arrêter de patiner. Alors que pas du tout. Je suis toujours là, je ne suis pas prête pour cela et je n'en ai pas envie. C'est trop tôt. C'est toujours trop tôt.

Alors au moins une fois par semaine, je regarde d'anciens programmes que j'ai patiné et je me remémore ce que m'a appris le patinage. Je redonne vie à mes souvenirs. Cela m'aide à garder la motivation: je ne peux pas arrêter comme ça. Je vais revivre d'autres moments comme ceux-là. C'est certain. Je le sais au fond de moi.

Je m'accroche, et je fais ce qui est nécessaire pour rester en forme. Je vois plus loin dans le futur et espère un retour à la normale au plus vite. C'est parfois difficile, ou même décourageant. Est-ce une année blanche? Très certainement.

Malgré tout, je garde mes rêves en vie. Quand tout cela sera terminé, j'aurai un nouveau monde à conquérir, et je ne voudrais pas en rater une seule seconde. Je reviendrai plus forte, physiquement, mais surtout mentalement.

"Ne rien regretter"
Finalement, nous ne pouvons jamais savoir quand sera notre dernière performance, notre dernier entraînement, même lorsque l'on pense avoir tout planifié.

Notre carrière sportive est courte alors il n'y a qu'une seule chose à faire: profiter au maximum de chaque instant pour ne rien regretter. On le dit souvent, mais cela prend encore plus son sens en cette période difficile.


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C'est un peu comme si la vie nous offrait une occasion : "Es-tu certaine que le patinage synchronisé est toujours le chemin que tu as envie de suivre?" Sans aucune hésitation, oui!