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Être spécialiste technique, c'est "comme résoudre des équations mathématiques"!


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Assis au premier rang, les spécialistes techniques doivent être attentifs à chaque détail. (Crédits: Galaxy Ice - 2019)

Ils jouent un rôle crucial lors des compétitions. Découvrons le quotidien d'un spécialiste technique dans le monde du patinage synchronisé.



Uliana Chirkova est membre du comité technique de l'ISU pour le patinage synchronisé. Travaillant comme spécialiste technique ISU, elle nous aide à comprendre en quoi consiste le rôle du spécialiste technique (TS) dans le monde du patinage synchronisé.

Une opportunité de fin de carrière
Uliana Chirkova a pratiqué le patinage synchronisé jusqu'à l'âge de 21 ans. Elle a ensuite quitté le sport, obtenu un diplôme universitaire et obtenu un emploi dans une entreprise d'ingénierie. Mais après deux ans sans synchro, elle a réalisé à quel point ça lui manquait et a décidé de devenir juge.

"Pendant une saison, j'ai participé à un séminaire pour juges dans mon pays, puis j'ai passé des examens pour devenir spécialiste technique national. J'ai travaillé comme TS dans lors de compétitions nationales et j'ai ensuite fait les démarches et examens pour devenir spécialiste technique internationale au cours de l'été. La première année s'est avérée être très dense. Il m'a fallu encore quatre ans pour réussir les examens de spécialiste technique ISU. Au total, six ans se sont écoulés entre mon désir de devenir juge jusqu'à ma première nomination pour des championnats du monde", a expliqué Uliana Chirkova, qui est maintenant reconnue dans le monde entier pour la synchro.


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Après sa carrière synchro, Uliana Chirkova a senti que le sport lui manquait et a décidé de devenir TS. (Crédits: Galaxy Ice - 2019)

Devenir TS en 10 questions
1. Combien y a-t-il de TS synchro dans le monde en ce moment?

Uliana Chirkova : À l'heure actuelle, il y a 35 spécialistes techniques internationaux et ISU dans le monde. Il est difficile de connaître le nombre exact de spécialistes techniques nationaux, mais je peux supposer qu'il y en a au moins trois fois plus, ce qui représente plus de 100 personnes.

2. Chaque pays doit-il présenter des candidats ?

Chaque pays n'est pas obligé de présenter son propre spécialiste technique, mais c'est très bénéfique pour le pays. Le spécialiste technique en tant que professionnel des règles du patinage synchronisé peut organiser des séminaires éducatifs pour les entraîneurs ou des camps de développement pour les équipes et les entraîneurs. En tant qu'expert, il peut aussi participer aux pratiques sur glace des équipes en début de saison.

3. Y a-t-il plusieurs niveaux ?

Oui, il y a plusieurs niveaux. Le premier niveau est National. Ce niveau est attribué par les membres de l'ISU s'ils organisent des séminaires pour le panel technique. Ce niveau peut également être obtenu au "International Global Seminar" après avoir réussi les examens. Le niveau national vous permet de juger des compétitions nationales.

Le niveau suivant est l'International. Ce niveau permet de juger toutes les compétitions internationales, à l'exception des championnats du monde.

Le niveau le plus élevé est le niveau ISU. Il permet de juger les championnats du monde et les Jeux Olympiques (j'espère qu'un jour le patinage synchronisé y sera présenté).

4. Qu'est-ce qui vous a plu dans ce rôle ?

Tout d'abord, j'adore les compétitions. J'aime rencontrer mes amis et passer du temps avec la famille synchro. Deuxièmement, je suis quelqu'un qui aime travailler en équipe. Le spécialiste technique faisant partie du panel technique travaille toujours au sein d'un groupe. Un bon travail d'équipe apporte toujours satisfaction.

Troisièmement, j'aime le processus d'analyse qu'un spécialiste technique doit effectuer à chaque compétition. C'est comme résoudre des équations mathématiques. Vous devez tenir compte des exigences pour obtenir les niveaux de difficultés, les règles pour les déductions au cas où les exigences ne seraient pas remplies et analyser les performances globales d'une équipe. Le processus lui-même me semble intéressant et est toujours actualisé.


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Depuis la glace, les athlètes s'adressent souvent au panel technique lors de leur performance. (Crédits: Ice Galaxy - 2019)

5. Quelle est la partie la plus difficile pour un TS ?

Le plus dur, c'est quand quelque chose se passe mal pendant la performance d'une équipe. Blessures, chutes multiples, problèmes de musique ou interruptions. Dans ces cas, vous devez réagir rapidement, prendre les bonnes décisions tout en restant concentré sur vos responsabilités.

6. Au contraire, qu'est-ce que vous aimez le plus dans ce travail ?

J'aime bien être au premier rang de toutes les compétitions (rires). En effet, quand on juge une équipe, on n'a pas le temps d'admirer la tenue, se plonger dans la composition du programme car il faut constamment se concentrer sur la partie technique du programme. Pour parler sérieusement, j'aime tout dans ce rôle. J'aime analyser les performances, interagir avec les équipes et me sentir impliquée dans le processus de compétition.

7. Concrètement, comment se passe une journée de compétition synchro en tant que TS ?

Les jours de compétition pour le TS ressemblent à ceci :

- La veille de la compétition : réunion du Panel technique

- Journée de compétition : participation aux entraînements officiels, petite réunion avec un panel technique 30-40 minutes avant la compétition, la compétition elle-même

- Soirée après la fin des compétitions : réunion du Panel Technique récapitulant le travail du Panel technique

8. Êtes-vous payés lorsque vous participez à un événement ?

Le travail de TS n'est pas rémunéré. Lors des compétitions internationales de l'ISU, le spécialiste technique est défrayé pour les déplacements, l'hébergement et les repas pendant les jours de compétition. Aux championnats du monde, selon les règles de l'ISU, le TS reçoit de l'argent de poche pour ses dépenses personnelles d'un montant de 200 CHF (pas plus).

9. Encourageriez-vous quelqu'un intéressé à devenir TS ? Si oui, que lui diriez-vous ?

Oui bien sûr! Premièrement, c'est une bonne gymnastique pour le cerveau. Deuxièmement, on a comme un billet garanti pour le premier rang, et troisièmement, c'est toujours un bon moment à passer avec des amis et pour faire de nouvelles rencontres.

10. Votre meilleur souvenir ou votre meilleure expérience en tant que TS ?

L'une de mes compétitions internationales préférées est la French Cup. Il y règne là toujours une atmosphère particulière. Les tribunes sont toujours complètement remplies, tous les spectateurs interagissent les uns avec les autres, lançant des "holà" dans les gradins, dansant, ou chantant toutes les chansons ensemble lors du resurfaçage.

Je me souviens d'une situation particulière qui me réchauffe encore le cœur aujourd'hui quand j'y repense. Habituellement, au début de chaque partie de compétition, l'hymne national français est joué. Et une fois il y a eu un problème avec l'accompagnement musical. L'annonceur avait lancé "Voici l'hymne de la France" et puis plus rien, silence... Aucune musique n'a été jouée. Le public a très bien réagi car quelques secondes plus tard, tout le monde a commencé à chanter a cappella  "La Marseillaise". C'était si touchant, ça donnait la chair de poule. Ceci, bien sûr, ne concerne pas directement le travail du TS, mais cela en fait quand même partie.